La Critique : A Plague Tale Innocence

Asobo n’est pas un nouveau studio, ils œuvrent dans le jeu vidéo depuis 2002 principalement sur des jeux à licence, dont quelques uns pour Disney tels que Ratatouille, Wall-E, Là Haut ou encore Toy Story 3. Quelques productions ont su se démarquer comme Fuel ou ReCore. Leur travail a été aussi salué sur le Holo Forge, qui est un outil d’applications et de développement autour du projet Hololens de Microsoft. Malgré ces très nombreuses productions et leurs qualités respectives, les développeurs sont assez peu connus d’une partie des joueurs, qui voient en A Plague Tale, la véritable première grosse production du studio bordelais.

Support : PC, PS4 et XONE (joué sur Xbox One X) – Éditeur : Focus Home Interactive – Développeur : Asobo Studio – Genre : Survival Aventure – PEGI 18+

RAPPEL : Une Critique est l’avis subjectif d’un des membres de la rédaction de TheRenegades. Elle a pour objectif de porter une opinion supplémentaire à un ensemble d’avis positifs comme négatifs, dont seul le lecteur pourra se faire sa propre opinion. Une Critique peut être débattue, avec les échanges d’opinions de chacun, mais n’est pas, une vision imposée aux autres par celui qui l’écrit.

En effet Asobo est français, ce qui fait de ce nouveau titre une produit AOP du jeu vidéo (Appellation d’Origine Protégée), totalement fabriqué en France, de son développeur à son éditeur (Focus Home Interactive). C’est un très bon produit du terroir auquel nous avons pu jouer.

La french touch dans toute sa splendeur. A Plague Tale: Innocence est une œuvre vidéo ludique qui nous plonge dans l’Aquitaine de l’an de grâce 1348. En pleine Inquisition espagnole où la peste noire fait des ravages. Elle va décimer près de 50% de la population en Europe. C’est dans ce contexte très sombre et difficile que l’aventure prendra place. Nous allons incarner Amicia une jeune fille de 14 ans, sortant d’une famille aisée, mais étant quand même préparée à la vie dure de l’époque. C’est après une après midi de chasse à la campagne, que le jeu va démarrer. Après l’arrivée des soldats de l’Inquisition, venus chercher le jeune Hugo, âgé de 5 ans et frère d’Amicia. Il est atteint de la macula depuis sa venue au monde. Ses parents et en particulier sa mère, le protégeaient. Ce qui était difficile à comprendre pour sa sœur, qui voyait rarement sa mère. Durant cette première cinématique très poignante, le ton du jeu se met en place et c’est à son issue que l’aventure va démarrer.

A Plague Tale: Innocence a souvent été comparé à un Last of Us se déroulant dans un univers médiéval-fantastique. De mon point de vue, il en est largement au dessus. Le lien entre Amicia et Hugo est très fort et à chaque instant, nous avons le cœur serré d’inquiétude pour l’enfant. Sans compter qu’il est impossible de ne pas être submergé d’empathie pour Amicia. Les développeurs ont su très bien travailler les personnages. Hugo est un enfant de 5 ans, avec toute l’innocence de son jeune âge. Il est malade, mais n’en est pas pleinement conscient. Il est l’enfant roi de sa mère, qui l’a surprotégé du monde extérieur.

Tel un enfant tout jeune, il est insouciant, parfois même éreintant de caprices et de questions d’un enfant qui découvre un monde bien gris. Le caractère du gamin nous poussera même parfois à bout, rejoignant ainsi l’attitude d’Amicia, ne pouvant plus supporter ses jérémiades. Ce qui démontre une écriture profonde et pleine de sentiments, qui mêlent habilement les nôtres à ceux de la narration du jeu.

La narration est justement le point fort du jeu, l’écriture est soignée du début à la fin, même si cette dernière m’a un peu laissé sur ma faim, sans mauvais jeux de mots. L’histoire se développe petit à petit et le jeu se dévore d’une traite, les chapitres s’enchaînent comme les pages que l’on tourne d’un livre duquel on ne peut décrocher. Seul le sommeil et quelques obligations de vies m’empêcheront de terminer le jeu d’une seule partie. Être autant captiver par un jeu vidéo et par son histoire ne m’était pas arrivé depuis Portal 2.

L’autre plus-valu du jeu d’Asobo Studio, est sa gestion des rats et des énigmes qui s’articulent autour. Le studio a su créer un moteur permettant de gérer près de 1000 petites bestioles grouillant à l’écran. Cependant c’est là que le jeu va trébucher. Si la prouesse technique est remarquable, les énigmes misent en place avec ces rats sont très convenues. Il s’agit d’un problème qui se résout toujours avec une seule solution. Il n’y a pas de multiples, ou alors trop peu, d’approches possibles.

Ce qui est regrettable au vu de la technologie développée. J’aurais aimé avoir plus de liberté, un level design qui me permette d’approcher le danger autrement, de plusieurs stratégies différentes. Les rats peuvent à la fois être nos ennemis, comme nos alliés, mais il y a quand même un sentiment d’être toujours guidé par la main. Un manque de liberté dans les mécaniques du jeu se fait ressentir, malgré les nombreuses possibilités et pouvoirs qu’Amicia ou Hugo peuvent obtenir tout au long de leur aventure. Il n’y a qu’un seul niveau de difficulté qui est très permissif. Les énigmes trouvent leurs solutions avec une logique qui prend forme au fil de notre avancée. Cela est peut être volontaire, afin que l’on puisse avancer dans la narration, avec fluidité et sans trébucher trop souvent.

Malgré cela, le jeu est un très bon moment porté par une bande originale exceptionnelle. Que ce soit la composition sonore, dirigée d’une main de maître par le talentueux compositeur français, Olivier Derivière. Mais aussi par le doublage français qui est de loin un des meilleurs du jeu vidéo. Les sons de la forêt, les musiques, les tonalités qui accentuent les moments de grandes révélations, accompagnent le joueur dans une aventure qui va nous prendre dans une valse d’émotions.

De l’écoute à l’imagerie, tout est maîtrisé pour nous retranscrire l’ambiance rude et difficile de la peste noire et de l’inquisition espagnole dans le sud ouest de la France. Les paysages traversent les saisons. De l’automne et de l’hiver, le chemin de nos deux chérubins, proposera plusieurs tableaux somptueux, tels que ceux de Claude Lorrain, dont les artistes d’Asobo se sont ouvertement inspirés. La Gironde et la Dordogne du XIVième siècle sont symbolisés en jeu vidéo comme les célèbres peintures de la même époque.

CONCLUSION : 9/10 CHEF D’ŒUVRE

Asobo Studio réalise ici une très belle performance narrative, visuelle et auditive. A Plague Tale: Innocence, est une œuvre à part entière, forte, intense où les émotions parfois nous dépassent. Même si le concept des rats par milliers est une bonne idée, elle n’est cependant pas assez exploitée pour donner un sentiment de liberté dans nos actions. Cela ne nous empêchera pas de profiter du jeu et de nous rappeler qu’une bonne histoire, quand elle est bien écrite, peut aussi être une mécanique de jeu.

Points positifs :
– L’histoire, l’écriture et la narration
– La relation Amicia et Hugo
– La direction artistique
– La composition musicale et la bande sonore
– La VF
– Les passages d’infiltrations intenses
– Les énigmes avec les rats, bien pensées…

Points négatifs :
– …mais trop facile
– Jeu trop permissif

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